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Semaine verte : L'eau, entre Loire et sécheresse

Au Pellerin, l'eau est partout et façonne notre identité. Mais cette ressource n'est pas inépuisable et se trouve en première ligne face au dérèglement climatique. Après le défi des canicules, abordons un autre grand bouleversement. Il s'agit du cycle de l'eau, aujourd'hui profondément modifié par les activités humaines et l'évolution du climat.

florent duveau

Florent DUVEAU

La martinière au Pellerin

Les travaux du GIEC annoncent une transformation majeure de notre régime de précipitations. D'ici à la fin du siècle, la durée et l'intensité des sécheresses estivales vont fortement augmenter.

En conséquence, le niveau de nos cours d'eau risque de s'effondrer. En été, le débit de la Loire pourrait baisser de 20 % à 50 %, voire davantage d'ici à la fin du siècle, lors des épisodes de sécheresse.

Notre fleuve a aussi trop chaud, sa température augmente de +0,44 °C par décennie depuis les années 60, c’est encore plus rapide que l’air ambiant ! Pour maintenir la qualité de l'eau potable, la température de l'eau ne devrait pas dépasser les 25 °C. Or, les relevés montrent que cette limite est déjà régulièrement franchie pendant l'été. Dans les prochaines décennies, elle pourrait même atteindre ponctuellement 30 °C lors des mois les plus chauds.

Vers 2100, dans un scénario pessimiste, le nombre de jours où nos sols seront considérés comme "secs" va bondir d'environ 40 % dans la région. Avec la hausse des températures, l'eau s'évaporera massivement dans l'atmosphère l'été (+ 25%) avant même de pouvoir s'infiltrer dans les sols ou de profiter aux cultures.

De l'autre côté, cette aridité croissante sera violemment entrecoupée par des pluies beaucoup plus intenses, les précipitations hivernales moyennes ayant déjà augmenté de 20 à 30 mm au cours des cinquante dernières années. Ce phénomène de dérèglement se traduit par des déluges très concentrés atteignant 60 à 100 mm d'eau en seulement 24 heures, à l'image des 99 mm tombés à Saint-Même-le-Tenu en mai 2016, ce qui pourrait faire bondir les débits maximaux lors des crues de plus de 40 % pour certains cours d'eau régionaux d'ici à 2100.

Les conséquences pour aujourd'hui et demain seront nombreuses.

Cette situation menace directement notre accès à l'eau potable. Notre consommation moyenne s'élève aujourd'hui à 127 litres par jour et par habitant. Si nous ne faisons rien, notre territoire fera face à un déficit estival de 54 000 m³ d'eau par jour d'ici à 2050.

Cette urgence est renforcée par l'état inquiétant de nos rivières. Aujourd'hui, seulement 11,3 % des masses d'eau des Pays de la Loire sont en bon état écologique.

La baisse des débits fluviaux favorise en effet la remontée de l'eau salée depuis l'océan. Lorsque le débit de la Loire passe sous le seuil d'alerte des 200 m³/s, le front d'eau salée remonte l'estuaire et peut atteindre Trentemoult, traversant ainsi notre commune.

L'eau salée entraîne avec elle le "bouchon vaseux", une masse d'eau très trouble et pauvre en oxygène. L'été, sa présence asphyxie la faune et bloque les poissons migrateurs. Pour réussir à éjecter ce bouchon naturel dans l'océan, il faut pourtant un débit massif d'au moins 5 000 m³/s l'hiver.

Le manque d'eau l'été suivi du retour des pluies abîme aussi nos habitations. C'est le phénomène de "retrait-gonflement" des argiles, un risque majeur auquel 2,4 millions de Ligériens sont déjà exposés.

Ce mouvement souterrain abîme les fondations et crée de graves fissures sur les maisons. Le coût moyen des réparations s'élève à 16 500 € par logement sinistré. Actuellement, ce fléau coûte 32 millions d'euros par an dans la région, et ce montant pourrait tripler d'ici à 2050.

De l’autre côté, les fortes pluies, combinées à un sol asséché et durci par une longue sécheresse (et qui perd sa capacité d’éponge), peuvent entrainer des crues soudaines et des inondations par ruissellement entraînent massivement des polluants (pesticides, nitrates, rejets urbains) vers nos nappes et rivières. On parle quand même de 700 000 habitants qui seront directement exposées à ces risques de ruissellement dans la région, avec un coût actuel estimé à 25 millions d’euros par an.

Mais des solutions existent et peuvent être mises en place dès aujourd’hui au Pellerin pour limiter ces effets.

Notre premier bouclier est la nature. Il est indispensable de protéger nos 21 000 hectares de plaines inondables et de zones humides qui s'étendent du Pellerin jusqu'à Saint-Nazaire. Ces écosystèmes ralentissent les écoulements d'eau l'hiver et limitent ainsi les risques d'inondation.

De plus, ces espaces sont de véritables puits à carbone. À l'échelle mondiale, les zones humides stockent 75 % du carbone rejeté dans l'atmosphère, alors qu'elles ne représentent que 3 % des terres émergées.

Il faut aussi désimperméabiliser nos rues et nos places publiques. Enlever le bitume permet à l'eau de pluie de s'infiltrer directement dans la terre. Cela permet de recharger les nappes souterraines plutôt que de saturer les égouts.

Enfin, nous devons tous et toutes cultiver la sobriété. Il est urgent de réduire notre consommation d'eau au quotidien. Une baisse de 10 % de notre consommation globale est même nécessaire pour rétablir un équilibre et éviter les pénuries d'ici à 2035.

La gestion de la Loire nécessitera aussi une grande coopération. Une véritable solidarité hydrologique entre les communes situées en amont et nous, en aval, sera indispensable pour surmonter ces défis. Et bien sûr beaucoup, beaucoup, investir dans nos infrastructures.

Nous aborderons dans le prochain articles les conséquences économiques pour la région, et les solutions communes que nous pouvons collectivement mettre en place, et qu’il faudra impérativement introduire dans nos politiques publiques, à l’échelle de Nantes Métropole, mais aussi du Pellerin.

Vous pouvez retrouver tous les chiffres, et plus d’analyses dans les rapports du GIEC-PL, disponibles gratuitement ici : https://giec-pl.org/


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